L’exception française  des médicaments génériques

L’exception française des médicaments génériques

La France occupe le second rang européen, après le Royaume-Uni, de vente de médicaments par habitant, mais sort du podium en matière de génériques. Après une vingtaine d’années à circuler sur le territoire, ces copies n’occupent pas une place de choix. Pourquoi une telle méfiance ?

 

Consommation de médicament en France

 

Les médicaments génériques représentent un tiers des prescriptions

Les médicaments génériques représentent 36% des médicaments remboursés par les CPAM (le taux était de 9% en 1990). La France rattrape son écart avec d’autres pays européens (respectivement 83 et 80% pour le Royaume-Uni et l’Allemagne).

Les Français n’apprécient pas les génériques et cette défiance est née de l’organisation-même de notre système de santé. Jusqu’à 1994, l’Etat remboursait les médicaments à des taux faibles pour tout le monde : chaque Français avait ainsi accès aux soins les plus innovants de l’époque, sans ruiner l’Assurance Maladie. Cependant, cela ne permettait en aucun cas de faire la promotion de copies moins chères. La France devra attendre la fin des années 1990 pour que décolle le marché des génériques, puisque :

  • Les médecins, généralistes et spécialistes confondus, n’étaient pas incités ni sanctionnés si le montant de leurs prescriptions était important
  • Les pharmaciens n’avaient aucune raison commerciale de délivrer des médicaments moins chers
  • Les patients avec une mutuelle étaient intégralement remboursés

 

Droit de substitution et mesures incitatives pour les médecins

Face aux prix revus à la hausse de nouveaux médicaments innovants, l’Etat a, pour la première fois, développé l’usage des génériques grâce à plusieurs mesures. Avec le droit de substitution des pharmaciens en 1999 et en leur accordant dans le même temps une marge d’officine plus importante sur les génériques, ce sont des milliers de pharmacies qui ont commencé à en vendre. Un véritable robinet financier qui a permis l’essor du marché des génériques en France.

Durant les années 2000, les gouvernements et parlements successifs ont dû contrer une réticence généralisée suite à leurs politiques de santé. Si sanctionner les médecins libéraux et éduquer la population n’ont pas fonctionnés dans les années 1990, le nouveau millénaire sera l’occasion d’adopter des mesures « incitatives » inversées :

  • Primes individuelles pour les médecins qui remplissent un quota annuel de prescription de génériques
  • Tarif Forfaitaire de Responsabilité (TFR) pour sensibiliser les Français par le portefeuille
  • Tiers-payant conditionné à l’acceptation des génériques par le patient à la pharmacie

 

Laboratoires pharmaceutiques et nouveaux médicaments

Pendant des dizaines d’années, les génériques n’ont pas été perçus comme une menace pour les laboratoires. Leurs investissements en R&D étaient fructueux, permettant de remplacer des marques vedettes par d’autres avant qu’elles ne tombent dans le domaine public.

Mais à partir de 2005, l’innovation thérapeutique et les nouvelles molécules réellement innovantes se font plus rares. Peu de découvertes majeures ont fragilisé les grands laboratoires qui, face à ce trou d’air, se sont démenées pour protéger au maximum leurs produits phares. Les techniques sont multiples comme :

  • Déposer un grand nombre de brevets sur un même médicament (verrouillage juridique)
  • Révision des formules d’anciens médicaments pour les rendre « neufs » à nouveau
  • Promotion intensive auprès des professionnels de santé (visites médicales, congrès)

Bien entendu, les nouvelles formules de leurs anciens médicaments ont un apport thérapeutique contestable et contesté par l’ANSM. Afin d’échapper à la concurrence par le prix, les laboratoires mettent en avant les « avantages et qualités » de leurs nouveautés, insinuant que les génériques sont de mauvaises copies. Et pour être certains que leurs médicaments seront prescrits puis vendus, de nombreux laboratoires ciblent astucieusement les jeunes praticiens, peu sensibilisés aux outils promotionnels de l’industrie durant leur formation universitaire. L’OMS lançait déjà un appel en 2009 avec son manuel d’enseignement « Comprendre la promotion pharmaceutique et y répondre », traduit par la Haute Autorité de Santé.

 

Défiance envers les génériques et professionnels de santé

La défiance envers les génériques persiste néanmoins dans le corps médical français. Une grande partie des médecins ont mal vécu le nouveau pouvoir des pharmaciens, jugé comme une atteinte à leur relation avec leurs patients et une véritable ingérence quant au conseil médical, selon une analyse des syndicats de médecins. Car qui décide in fine de ce que le patient va utiliser ?

 

Consommation de médicaments génériques

 

Cette méfiance est en grande partie due à l’apparence des packagings et au prix bon marché des génériques. Certains y voient même des médicaments pour pauvres, donc des médicaments pauvres en principes actifs avec un prix reflet de cette – supposée – piètre qualité.

Certains patients sont attachés à leur traitement, à un nom, une couleur, un mode d’administration. Pour ces hostiles aux génériques, le problème tient davantage du droit de substitution des pharmaciens plutôt que des molécules et des excipients. C’est le changement, parfois mal vécu, d’un traitement quotidien autour duquel tourne leur gestion de la maladie. La substitution dégrade la confiance – quasi innée – des patients envers les professionnels de santé. Doit-on croire son médecin ou son pharmacien ?

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